LE RITE DE FONDATION DE LA VILLE (*)
Par Josep M. GRÁCIA (**)
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Le rite de fondation de la ville, concrètement celui de la tradition étrusco-latine, a été l'objet d'une importante étude du professeur J. Rykwert (1). Le rite particulier de fondation de la ville s'inscrit dans le contexte plus général des rites de construction, qui englobe la construction (édification) d'autels, temples, maisons, établissements militaires et, en général, tout agencement de territoire, si petit soit-il. Les références les plus explicites, quant au rite de fondation de la ville en Occident, nous sont parvenues à travers les Etrusques (2), leurs héritiers, les Romains et les Grecs ; mais toutes les autres traditions ont aussi leurs rites de construction qui, dans leur contenu, ne diffèrent pas les uns des autres, bien que certains aspects " formels " s'accommodent des circonstances spécifiques à chaque lieu. Depuis les traditions extrême-orientales jusqu'aux précolombiennes en passant par la tradition occidentale, le but poursuivi est essentiellement d'établir sur la terre un centre à partir duquel se répète la cosmogonie, remémorant ainsi l'acte divin primordial de création de toute manifestation. Etablir ce centre passe par la connaissance de la " volonté divine " qui, dans la tradition étrusco-latine, s'obtenait en observant le vol d'oiseaux déterrninés ; en Grèce, on consultait l'oracle de Delphes et à Samnio, village de l'Italie antique, on suivait la trace d'un animal sacré comme le loup ou l'oiseau charpentier, pour finalement établir les limites de l'espace qui, en vertu du rite, allait devenir sacré. 

Ainsi, toute fondation est avant tout une fécondation de la terre vierge par l'esprit divin, et toute fécondation est une union de contraires dans l'unité. Fonder une ville signifie recréer le Cosmos, répéter la cosmogonie, et cette recréation revêt un caractère hiérogamique : un couple sacré entre la terre à occuper et la Terre prototype, céleste et idéale ; celle d'en bas est structurée à l'image et en ressemblance de celle d'en haut, et ce morceau de terre sacralisée finit par devenir le Centre du Monde, temple à ciel ouvert, habitacle de la Shekhinah, la " présence réelle de la Divinité " ( 3 )

Le rite de fondation de la tradition étrusco-latine auquel nous allons nous référer se décompose en deux temps qui se fondent en une double action rituelle. La condition préalable, était le rite de la contemplatio, par lequel on saurait si cette fondation était possible. Cette partie du rite était effectuée par un magistrat : l'augur. La contemplatio consistait, une fois atteint un endroit levé, généralement la cime d'une montagne qui, en vertu du rite qui allait être pratiqué, se transformait en Axe du Monde, en Montagne cosmique, à scruter le ciel ; selon la topographie qu'il offrait à ce moment, on y repérait deux coordonnées, deux méridiens croisés qui devaient figurer, convenablement dessinés à la surface de la terre, les deux directions principales ou axes de la ville. Seul l'augur était capable de déterminer la signification exacte des signes repérés dans le ciel. Sa science était secrète ; ainsi, dans le cas où tout était conforme au rite et où les signes étaient favorables, c'est lui qui était chargé de communiquer aux autres le bien-fondé ou non, d'édifier une ville sur le lieu préalablement choisi. Lorsque les conditions célestes étaient estimées favorables, la ville restait ainsi in augur ada. Mais procédons par étapes. 

Comme nous l'avons dit précédemment, l'augur décelait des coordonnées dans le ciel ; leur point d'intersection se projetait sur le sol et c'est ce point qui allait devenir l'axe de la ville, ce que l'on appelle précisément templum. Le templum était un diagramme de caractère analogique tracé sur le sol mais il n'impliquait pas pour autant une transposition littérale des lignes directrices préconisées par l'examen minutieux de la topologie céleste. Le templum pouvait être dessiné, oral ou gestuel mais il représentait de toute façon synthétiquement l'ordre général du ciel en un lieu déterminé ; au cas où l'augur dessinait le diagramme sur le sol, celui-ci était généralement circulaire et divisait le territoire en quatre parties. Les étymologistes anciens font dériver le mot templum de tueri, regarder, scruter, observer mais, compte tenu de sa racine étymologique, il y a deux autres observations importantes à faire. 

En premier lieu, celle qui dérive de temperatura qui, en latin signifie fusion ou mélange bien dosé et donc équilibré de deux ou plusieurs choses distinctes ; dérivé de temperatura, nous avons " templar " qui signifie, génétiquement, mêler une chose à une autre pour modérer ses activités, fusionner ses qualités ou énergies. Ainsi donc, templo, ou temple, est aussi une union, ou fusion, ou mélange. Mais union de quoi ? 

L'augur était un véhicule, " pont " ou " canal " par lequel les trois niveaux cosmiques en jeu s'unissaient à travers le rite et se matérialisaient en une figure ou geste qui s'appelait comme nous l'avons vu, templum. Dans la tradition extrême-orientale, nous trouvons une figure analogue à l'augur symbolisée par le caractère wang ou Roi-Pontife ( 4 ) (Fig. 1). 
 

fig.1

En effet, le caractère se compose de trois traits horizontaux unis par un trait vertical ; le trait supérieur représente le Ciel, le trait inférieur la Terre et l'intermédiaire l'Homme. Guénon fait remarquer que le trait intermédiaire se réfère à l'Homme Primordial, tandis que c'est le trait vertical, en sa qualité d'axe, qui symbolise l'Homme universel, lequel s'identifie à l'axe vertical même. Ce caractère d'axe se trouve sans doute symbolisé par le bâton que portait l'augur, au moyen duquel il traçait le diagramme templum soit sur le sol, soit dans l'espace par des gestes. De même, en tant qu'Homme universel, l'augur est " médiateur " entre le Ciel (qu'il ne faut pas confondre avec le ciel visible) et la Terre (qu'il ne faut pas confondre avec la planète terre). L'Homme universel est justement dans le sens le plus élevé le " fils du Ciel et de la Terre ", étant " fils de la Terre " en tant que médiateur et " fils du Ciel ", en tant que transmetteur du " mandat du Ciel ". Cela nous indique par ailleurs la simultanéité des deux sens ascendant et descendant de l'Axe vertical, et par conséquent de l'Homme Universel et correspond respectivement à la fonction de Roi et à celle de Pontife dans la tradition extrême-orientale (5). L'augur donne ainsi l'exemple à l'humanité, en tant que pontife, tant du point de vue cosmique, comme nature spécifique, que du point de vue social, comme collectivité de tous les hommes. Ainsi, la magistrature exercée par l'augur est en réalité un pontificat : ce n'est pas en vain que la tradition écrite héritée des Romains par les Etrusques était sous la garde du collège des pontifes. 

D'autres part, on construisait dans le sous-sol du templum une cavité appelée mundus dans laquelle on logeait trois choses : les restes de l'oiseau porteur des bons augures (nous y reviendrons plus loin), une poignée de terre apportée d'un ville soeur et les restes du héros fondateur ( 6 ). On " fixait " ainsi dans le mundus les trois niveaux cosmiques : Ciel (symbolisé par l'oiseau), Homme (héros fondateur), Terre (poignée de terre) et c'est seulement en vertu de l'union de ces trois niveaux cosmiques que l'on peut dire que c'est un Centre; à partir de ce " Centre du Monde " se répète la cosmogonie délimitant dans le territoire, c'est-à-dire dans la dimension horizontale, la " limite du sacré ". Le mundus était une cavité circulaire couverte d'une dalle de pierre sur laquelle on érigeait un autel où l'on allumait un feu qui allait devenir le focus de la ville. A ce moment précis, le héros fondateur donnait un nom à la ville : un nom secret, un autre sacerdotal et le nom public ( 7 ), ce qui équivaut nécessairement à " nommer " les trois niveaux susmentionnés et dont la ville était la synthèse. 

En poursuivant avec l'étymologie de templum, nous nous centrons maintenant sur la relation entre templum et mandala, le sens de ces deux termes désignant un modèle ou patron (8). Un templum est aussi un diagramme d'ordre universel, une cosmographie à partir de laquelle, en suivant un système complexe de proportions, on établit dans l'ordre du sensible une distribution analogique de l'ordre cosmique. Au cours du rite de fondation du temple hindou, le Vastu Purusha mandala (9) (Fig. 2) se traçait cérémoniellement sur le sol comme un modèle qui allait devenir un " schéma " de ce qui serait ensuite la construction physique du temple et de la ville. De nombreuses idées se dégagent de tout cela, mais une nous intéresse particulièrement : en vertu du rite, toutes les villes et tous les temples sont à la fois égaux et uniques puisque, étant sur le même modèle (templum mandala), la construction physique s'accommode des conditions particulières du lieu choisi ( 10 ). Toutes les villes ou temples fondés conformément au rite sont Centre du Monde et il y a autant de " centres " que de villes ou temples fondés rituellement : le centre est dans toutes les parties et la circonférence en aucune. 
 

fig. 2
 
Toutefois, la contemplatio n'est pas seulement un travail de recherche dans le ciel des coordonnées qui doivent régir plus tard les caractéristiques principales de la ville, c'était aussi une " attente ". Cette " attente " (en contemplation) était un acte de recueillement en état d'alerte pour reconnaître le signe du ciel ou prodige (quelque chose en dehors du normal). On attendait un signal, un ange. Ce signe angélique ou figure ailée prenait la forme d'un oiseau et, dans le rituel romain, l'oiseau choisi était souvent un aigle (11)

Symboliquement, l'aigle est le messager de la volonté divine, c'est un symbole solaire et céleste et, quant à l'oiseau, c'est un symbole angélique et celui des états spirituels supérieurs ; dans les Traditions du Livre, les anges revêtent fréquemment la forme d'un aigle. L'aigle est assimilé à la foudre et au tonnerre et manifeste ainsi les volontés du dieu suprême et l'action transformatrice du Ciel sur la Terre, c'est-à-dire la fécondation de la terre mère (assimilée au chaos initial et à la matière première) par l'esprit divin ( 12 )

Dans la suite du rituel arrivait un expert : l'aruspice (devin par le foie), qui prenait l'oiseau porteur des augures, l'ouvrait de haut en bas, en extirpait le foie qu'il partageait en morceaux, attribuant chacun d'eux à une divinité, et reconnaissait en lui le signe. Il lisait les signes de l'oracle et, s'ils lui paraissaient mauvais il fallait attendre, s'ils lui paraissaient bons on procédait à la seconde action rituelle ( 13 )

Cette seconde action était exécutée postérieurement au tracé des directions des axes principaux en partie par l'arpenteur - office aussi éminent que celui de l'augur - qui, avec un instrument appelé gnomon traçait le cardo et le decumanus maximus en accord avec le cours du soleil. Cardo veut dire " axe ", c'est-à-dire ligne autour de laquelle tourne le soleil, du nord au sud, et decumanus doit son nom, selon quelques auteurs anciens, à la contraction de duodecimanus, la ligne de douze heures entre le lever et le coucher du soleil, c'est-à-dire d'est en ouest. Le rite réalisé par l'arpenteur comprenait trois phases: tracé d'un cercle autour du gnomon ( 14 ), détermination de l'axe est-ouest selon le cours du soleil et de sa perpendiculaire nord-sud et tracé du carré inscrit dans le cercle. Ces trois phases du rite correspondent également aux trois figures fondamentales (cercle, croix et carré) qui symbolisent les trois niveaux (Ciel-Homme-Terre) du caractère wang exposé antérieurement ( 15 )

Précisons que, de même que le templum était un diagramme d'ordre analogique et que sa transposition sur le territoire n'était pas littérale, les coordonnées tracées par l'arpenteur ne déterminaient pas non plus exactement les directrices basiques des rues principales, car dans son tracé définitif intervenaient aussi des considérations de type plus pragmatique concernant la salubrité des eaux, la direction des vents prédominants dans la zone, etc. Ces considérations toutefois, bien qu'importantes pour la distribution correcte des rues et des édifices, n'étaient pas absolument déterminantes dans le tracé de la ville, le décisif étant ce qui avait été reconnu par le rite. Nous pourrions dire que l'augur, en traçant le templum, désignait les directions subtiles qui régissaient la Terre, l'arpenteur désignait, à un stade ultérieur de détermination, la quadrature du cercle solaire à la surface de la terre, et l'on distribuait ensuite la zone sacrifiée en tenant compte des conditions atmosphériques, topographiques et de salubrité propres au lieu. Le symbolisme géométrique de l'ensemble ne ressort absolument pas modifié de tout cela, mais au contraire il imite fidèlement le modèle original et ne se confond pas avec les considérations strictement matérielles ; sur la figure 3, on observe le diagramme d'une ville ou le cardo et le decumanus ne coïncident pas avec les axes nord-sud et est-ouest. 
 

fig. 3
 
Une fois inscrites sur le sol les coordonnées célestes reconnues par l'augur qui se concrétisaient par le diagramme du templum, en accord avec les signes reconnus par l'aruspice, et après avoir disposé les axes élémentaires qui ordonnanceraient la morphologie de la ville, on procédait à l'établissement des limites que celle-ci occuperait sur le territoire. Cette délimitation établissait une quadrature : perpendiculairement à chaque axe, on traçait quatre sillons qui formaient un carré. Ce sillon, appelé sulcus primigenius, était tracé par le fondateur de la ville au moyen d'une charrue de bronze qui symbolisait l'union sacrée entre ciel et terre. On attribue la charrue, comme symbole de fécondité, au dieu du tonnerre et de la justice ; ce n'est pas un hasard si le bronze (métal de grande dureté obtenu par l'union de l'étain, du cuivre et de l'argent) est aussi symbole de la justice inflexible, de l'incorruptibilité et de l'immortalité. Il était utilisé pour les instruments de culte et les actions à caractère religieux car, entre autres significations, il évoque l'harmonie entre la lune et le soleil ( 16 ). La charrue était tirée par une génisse et un taureau blancs, le taureau cheminant à l'extérieur du sillon et la génisse à l'intérieur ( 17 ). La génisse symbolise la terre ou substance primordiale - dans la Mésopotamie antique, la Grande Mère ou Grande Vache était déesse de la fécondité et c'est, par conséquent, un symbole de fertilité ( 18 ). Le taureau évoque la fertilisation de la terre et donc la partie " créative " complémentaire de la " réceptive " symbolisée par la génisse. Ainsi le mariage sacré se réalisait à deux niveaux : une union verticale entre ciel et terre, au moyen de la charrue, et l'autre horizontale, déjà dans l'ordre de l'exprimé, entre les deux principes élémentaires de toute manifestation : le masculin ou créatif et le féminin ou réceptif. Les animaux devaient être blancs puisque, au sens rituel, cette couleur était celle du passage, de l'initiation ; les animaux blancs sacralisaient un terrain jadis profane au moyen du rite : la terre avait été initiée et convenait en tant que base ferme à la construction. 

Le fondateur tirait la charrue obliquement de façon que la terre soulevée retombât dans la partie intérieure du sillon. La fente faite par la charrue s'appelait fossa et la terre sortie par la charrue " mur ". Ovide relate comment Romulus, fondateur mythique de Rome, ouvre une tranchée profonde et la remplit de fruits, la recouvre de terre; y élève un autel et se dispose ensuite à tracer avec la charrue les limites de la ville, ce qui sera le mur ( 19 ). Ce mur, de par sa stricte condition rituelle, était tracé et ne pouvait être traversé. Lorsqu'il était nécessaire d'établir une sortie vers l'extérieur, le fondateur levait la charrue et la frange de terre alors non fécondée s'appelait " porte " et, n'ayant pas de valeur sacrée, elle pouvait être traversée (Fig. 4). 
 

fig. 4
 
Les rites de construction, qui correspondent précisément à l'architecture sacrée, sont une " fixation " dans l'espace temporel en constant mouvement cyclique; on établit réellement la quadrature du cercle. Cette fixation a un caractère alchimique car c'est en définitive une " coagulation " qui se traduit en termes pratiques comme une fragmentation, division ou qualification d'une chose quantitativement indéterminée. Comme le signale Burckhart " par la pratique rituelle ", la réalité cosmique se " cristallise " et cette cristallisation se résout en une géométrie qui est une image inversée de l'intemporel, c'est l'Etre " corporalisé ( 20 )

Le rite est l'intelligence de l'action. Les symboles et les mythes lient harmonieusement notre réalité à la réalité en nous rappelant sans cesse que cette bipolarité n'est qu'apparence, que seul le Un est réel et que l'existence contextuelle, relative devient absolue seulement quand elle s'identifie à l'Etre. Les symboles, mythes et rites nous concernent tous comme ils impliquèrent nos ancêtres et si, maintenant, toutes ces questions paraissent occultes, ce n'est qu'une occultation et non une disparition ; le symbolisme voile son sens profond à qui en profite et le révèle à qui l'invoque. 

Nous abordons pour terminer, quatre images extraites de différentes traditions qui constituent d'authentiques mandalas pour la méditation, car toute étude d'un ordre symbolique est nécessairement une méditation.
 

fig. 5
 
Sur la figure 5, un antique sceau assyrien représente, par un cercle et une croix les murailles et les rues principales qui organisent le territoire et la vie des citoyens en attribuant à chaque partie un office ou organisation. 
 
fig. 6
 
Sur la figure 6 - la ville de Bagdad fondée en l'an 762 après J.-C. par AI Mansur - on remarque sur le diagramme quarante-cinq villages qui entourent un espace au centre duquel se trouve le palais et la mosquée.

 
fig. 7
 
Sur la figure 7, le diagramme de la Mecque représente clairement la Kaaba au centre de l'enceinte sacrée et autour de laquelle s'agglutinent les différents édifices. 
 
fig. 8


Sur la figure 8, la gravure représente l'emplacement de Tenochtitlan et on peut voir l'aigle porteur des présages se poser sur un cactus, lieu qui sera le centre de la future ville aztèque.
 

INDEX DES FIGURES 

Fig. 1 - La Grande Triade, Ed. Obelisco, Barcelone. 

Fig. 2 - Dessin de l'auteur. 

Fig. 3 - La cité comme forme symbolique, Bulzoni Ed., Rome. 

Fig. 4 - Dessin de l'auteur. 

Fig. 5 - La cité comme forme symbolique, Bulzoni Ed., Rome. 

Fig. 6 - La cité comme forme symbolique, Bulzoni Ed., Rome. 

Fig. 7 - La cité comme forme symbolique, Bulzoni Ed., Rome. 

Fig. 8 - L'idée de la ville, Ed. Blume, Madrid. 

(*) IN "Villard de Honnecourt"-29, pp. 225-240, París, 1994.

(**) Josep M. Gràcia (Sant Andreu de Llavaneres, 1958) est Docteur en Architecture, diplômé de l’École Technique d’Architecture de Barcelone (2001). Il est également l’auteur de Simbólica Arquitectónica et de divers articles sur l’Art et l’Architecture traditionnels.Traduction de Miguel Palacin
NOTES
1. Rykwert Joseph, L'idée de la Ville, Faber and Faber Ltd., Londres. Traduction espagnole aux Ed. Herman Blume, Col. Biblioteca básica de Arquitectura, Madrid, 1985. 
2. L'Etrurie était un pays aristocratique qui occupait l'Italie centrale, entre la mer Tyrrhénienne, l'Arno et le Tibre, et était organisée selon une confédération de douze villes dodecapolis " ; les Etrusques furent de grands astrologues et mages, ils développèrent l'art de la métallurgie avec une grande habileté.
3. Guénon R., Aperçus sur l'ésotérisme chrétien, Ed. Traditionnelles, Paris, 1988, Ch. III.
4. Guénon R., La Grande Triade, Ch. XVII.
5. Le Pontifex, littéralement le " constructeur de ponts ", représenté en Grèce par Iris, la " messagère des Dieux ". R. Guénon, Autorité spirituelle et pouvoir temporel, Editions Traditionnelles, Paris 1975, Ch. IV.; également Le roi du Monde, Luis Carcamo., Ed., p. 15, du même auteur.
6. On appelle encore aujourd'hui " monde " un coffre où l'on range des objets d'une certaine valeur. 
7. Dans le cas de Rome, le nom secret était Amour, le nom sacerdotal Fleur et le nom public Rome.
8. En langue anglaise template ou templet signifie modèle, synonyme de patron.  
9. Mandala signifie " cercle " et c'est un symbole ou " image du divin ". Vastu (de la racine vas, rester, être à sa place), serait l'extension globale de l'être ordonné, Purusha l'homme cosmique, origine de l'existence, ainsi Vastu Purusha-mandala est le symbole spatial de Purusha, de la présence divine au centre du monde. Cf. Rykwert, J., op. cit., p. 206.  
10. Nous ne pouvons nous étendre, puisque ce n'est pas le sujet de cette étude, sur la description du rite de création du temple hindou. Nous signalons cependant que l'équivalent hindou du mundus décrit antérieurement est le gharbha " sein du temple ", qui était bien un récipient de bronze contenant les richesses de la terre : pierres précieuses, métal, terre, racines et plantes, et qui se trouvait au centre du temple. 
11. Dans le cas de la fondation de Rome, l'oiseau choisi par Romulus et Rémus fut un vautour. Dans les traditions gréco-latines, le vautour était aussi un oiseau divinatoire, porteur de présages, il était donc associé au feu céleste, purificateur et fécondant.
12. En Grèce, l'aigle était aussi associé à l'activité d'oracle ; il s'arrêtait à la verticale de Delphes, en suivant le cours du soleil, chaque fois que l'oracle était consulté. Mircéa Eliade nous rappelle que delphys signifie matrice : ainsi, l'oracle était le réceptacle de la révélation divine (symbolisée par l'aigle). Souvenons-nous aussi que dans la Grèce Antique, le héros fondateur n'entreprenait pas son activité ans avoir auparavant consulté la Pythie de Delphes.
13. L'Aruspice était un véritable scientifique, son rôle n'était donc pas la connaisance des phénomènes ou de la réalité, mais une exégèse symbolique, science qu'il acquérait par la tradition orale, l'étude des livres sacrés et sa propre expérience accumulée.
14. Gnomon désignait autant une tige de bronze clouée sur le sol au centre du cercle qu'un instrument complexe destiné au tracé plus exact et plus étendu des axes. Le terme " exact " n'a pas ici le sens de " précision " mais celui de détermination progressive.  
15. Burckhart, T., Principes et méthodes de l'art sacré, Lidiun Ed., Buenos Aires, p. 17, où il fait remarquer que ce rite particulier d'orientation a une portée universelle, raison pour laquelle nous transposons sa lecture symbolique au rite de fondation occidental.
16. Le mot langala (charrue) et le mot linga dérivent d'une même racine qui désigne la fois la bêche (pelle pour labourer la terre) et le phallus. Le linga est totalement un phallus et, dans la mythologie hindoue, il est symbole de Shiva quant au principe causal et procréateur. En Chine, un objet de forme triangulaire (comme la charrue) en jade se trouve souvent au centre des temples et évoque le caractère sacré de l'acte de procréation en symbolisant les hiérogamies. Chevalier-Gheerbrant, Dictionnaire des symboles, p. 649.  
17. Le héros fondateur, la charrue, la génisse et le taureau sont les quatre éléments qui interviennent dans la démarcation des limites de la ville et qui, à côté de la terre fécondée, en font cinq. Le nombre cinq, somme du premier pair et du premier impair, est symbole d'union ; c'était un nombre nuptial pour les pythagoriciens et il symbolise essentiellement le mariage sacré entre le principe actif céleste et le principe passif terrestre. Dans la tradition chinoise, le cinq est le chiffre de la croix et du carré car ils ne se conçoivent pas sans le centre qui leur convient ; ainsi, symboliquement, le cinq est un nombre central formé par la quadrature de la croix et son centre, symbolisant ainsi la totalité du monde sensible.
18. Chevalier-Gheerbrant, op. cit. p. 1043.  
19. Il ne faut pas confondre ce mur, strictement rituel et par conséquent symbolique, avec les murailles de la ville, strictement défensives. Celles-ci étaient construites postérieurement et leur emplacement ne coïncidait pas exactement avec le mur rituel, de façon qu'il y ait entre celui-ci et les murailles une frange de terrain - promoerium ou postmurum - qui était également de caractère sacré puisque " dans le mur ".
20. Burckhardt, T., op. cit., pp. 9-11.
Barcelona, 1994. © Josep M. Gràcia. Creative Commons License Esta obra está bajo una licencia de Creative Commons